Consommation éthique et Slow made

Slow. Depuis la fin des 80’s le mot nous revient, toujours associé à un autre terme, Slow food, Slow travel, Slow city, Slow science qui émergent simultanément dans différents pays. Ils pointent une prise de conscience sur notre rapport au temps et l’irrépressible envie que certains ont de ralentir, de faire évoluer leurs habitudes ou même leur mode de vie.

Là où tout commence

Le mouvement Slow essaime dans de nombreux domaines d’activité et d’art de vivre.

Le Slow food

C’est en Italie qu’apparaît le terme de Slow food en réaction à l’expansion des Fast foods. En 1986 une manifestation a lieu à Rome dirigée contre l’ouverture d’un McDonald’s près de la Piazza di Spagna. Il s’agit d’un quartier touristique où se situent de nombreuses boutiques de luxe. La réaction est immédiate. Une action se forme autour de l’association Arcigola et de Carlo Petrini qui s’oppose à la standardisation et milite pour la préservation de la diversité. Le mouvement s’amplifie et prend le nom de Slow food, il fédère rapidement de nombreux producteurs et consommateurs.

Le Slow se généralise et se spécialise

On parle aujourd’hui de Slow reading en réaction aux smartphones et autres objects connectés ou de Slow mornings qui viennent rompre la cadence de la semaine. Le Slow diving se focalise sur l’expérience et le plaisir, la qualité plus que la quantité de plongées, le respect de l’environnement marin. On peut ainsi démultiplier les exemples et l’on arrive à un concept qui irradie un peu plus chaque jour notre environnement social.

Définition

Le Slow made s’inscrit bien sûr dans cette philosophie plus large du Slow.

Il émerge dans un contexte économique où la consommation de masse génère de plus en plus de questionnements tant sur la production que sur les modes de consommation.

Selon de nombreuses sources le Slow made est un mouvement dont l’objectif est la réhabilitation de la valeur temps pour mieux produire, mieux travailler et mieux consommer.

Mais très vite le mouvement pose ses bases, engage les acteurs publics et privés, nourrit une réflexion socio-économique et sort de son cadre initial.

Un laboratoire d’idées

Le concept naît en France en 2012 à l’initiative de Marc Bayard, conseiller pour le développement culturel et scientifique du Mobilier national. La démarche associe l’Institut national des métiers d’art (INMA). Des créateurs, des personnalités liées aux métiers d’art et plus largement issues de la communication et du monde de l’entreprise s’associent au travail mené par les deux institutions.
La démarche créative et innovante recherche dans un premier temps la valorisation des métiers d'art et du même coup de l'industrie du luxe qui leur est associée.

La portée du mouvement

Le Slow made s’étend progressivement aux métiers de la création au sens large.

Des métiers d’art à un art de vivre

Le mouvement se développe avec le concept Slow, encourageant une éthique responsable chez l’auteur, designer, créatif, comme chez le producteur ou fabricant. Il s’étend aux métiers d’art, au design, à la mode, l’architecture mais aussi à bien d’autres domaines connexes.

Il atteint à son tour l’usager qui est bientôt invité à devenir (ou redevenir) pleinement acteur de son acte d’achat. On rejoint ici l’idée de consom’acteur. Et l’on replace le consommateur au coeur du dispositif.

Une charte de six valeurs partagées

Les acteurs partisans du Slow made se recentrent autour de valeurs qui leur parlent, six essentiellement

la recherche, le geste, la pratique, la transmission, l’appropriation et le prix juste.

La charte décline trois objectifs. Le premier est d’accompagner l’évolution des modes de consommation. Le second vise à valoriser les arts appliqués via la formation, l’enseignement dans les écoles d’art, de gestion mais aussi d’ingénieurs. Le troisième objectif, plus large et ambitieux qui se dessine est de repenser le modèle de croissance en profondeur et de poser les bases d’une économie alternative, la Slow économie.

Vers une Slow économie

Le Slow made sort donc largement du cadre de la vaste sphère du Slow et pourrait bien nous diriger vers un nouveau modèle économique.

Il s’agit pour ses promoteurs de faire évoluer les modes de production et de consommation actuels en repensant notamment le rapport au temps et à l’espace. La notion de “temps juste de production” pourrait d’ailleurs progressivement remplacer le label de fabrication française ou européenne. Une éthique responsable, une production durable et de qualité sont également nécessairement associées à la signature Slow made.

Et si l’ombre du Green Washing plane sur certaines initiatives il a du moins le mérite de pointer l’importance de ces nouveaux modes de consommation et les attentes plus exigeantes de nombreux consommateurs. C’est finalement la reconnaissance d'un nouveau marché par des acteurs économiques qui entendent tirer parti de cette nouvelle manne et adapter en conséquence leur marketing. A charge pour le consommateur de vérifier la qualité des offres.

Dates repères Slow made

  • 2012 Marc Bayard, conseiller pour le développement culturel et scientifique du Mobilier national pose les bases du Slow made en France
  • 2013 Parrainage du Slow made par le Ministère de la Culture et de la Communication et du Minitère de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme
  • 2013 Journées européennes des métiers d’art au Palais de Tokyo, plusieurs tables rondes Slow made abordent “Le temps de la formation”, “Le temps de la consommation”, “Le temps de l’économie”
  • 2013 Le Slow made invité des Designer’s Days : Christophe Rioux, directeur du pôle Luxe et Industries créatives de l’ISC Paris, membre fondateur du Slow made, réunit des designers autour d’enjeux économiques : “Le temps du projet dans l’économie de la création”
  • 2014 L’association Slow made est créée autour d’un groupe de réflexion (think tank) qui vise à le faire connaître, transmettre et animer

Des pistes de réflexion globale

La réflexion de Chaplin dans Les Temps modernes (1936), qui dénonce la dictature du temps mesuré mécaniquement avec le symbole de l’horloge est toujours d’actualité.
La formule de Benjamin Franklin “Time is money” qui a largement fait le tour du monde semble aujourd’hui avoir une valeur de principe.
L’idée même du temps comme monnaie d’échange est récurrente dans la littérature et le cinéma.
La valeur du temps reste relative, tout comme celle de l’argent qui dépend de tant de facteurs toujours plus complexes et opaques : marché, confiance accordée aux pays, spéculation boursière...
 
L'ensemble des designers et marques présentés sur le site Lulu on the Bridge intègrent la notion Slow made. 
Cette notion a aussi été largement développée lors du Salon du Design Irlandais, pointant l'importance du Slow made dans la fabrication irlandaise.

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